Ătre ou ne pas ĂȘtre, agriculteur? Telle est la question pour la prochaine gĂ©nĂ©ration
Lâexploitation de la ferme familiale se perpĂ©tue au fil des gĂ©nĂ©rations. La gĂ©nĂ©ration qui exploite la ferme songe Ă prĂ©sent Ă prendre sa retraite. Des stratĂ©gies avantageuses sur le plan fiscal permettent de transmettre un Ă©tablissement agricole Ă la gĂ©nĂ©ration suivante, mais il est important de se poser une question dĂšs le dĂ©part : « La prochaine gĂ©nĂ©ration a-t-elle lâintention de prendre la relĂšve? » Que se passe-t-il si seuls certains membres de la famille souhaitent exploiter la ferme? Comment planifier la transmission du patrimoine en tenant compte des personnes qui sont actives dans lâexploitation de la ferme et de celles qui ne le sont pas? Une rĂ©partition Ă©gale est-elle toujours juste? Cette derniĂšre question revĂȘt une importante particuliĂšre, car, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, une entreprise agricole dispose de nombreux actifs, mais de peu de liquiditĂ©s. La rĂ©partition du patrimoine peut-elle ĂȘtre rĂ©alisĂ©e sans mettre en pĂ©ril lâexploitation agricole?
Une stratĂ©gie souvent utilisĂ©e pour transmettre la ferme familiale consiste Ă sâassurer que les biens agricoles respectent les conditions de la disposition de roulement entre gĂ©nĂ©rations. Au dĂ©cĂšs, la disposition de roulement permet de diffĂ©rer lâimpĂŽt sur le transfert de certains types de biens agricoles aux enfants dâagriculteurs, comme les terres, les bĂątiments, les quotas, la machinerie et lâĂ©quipement, ainsi que « les actions du capital-actions dâune sociĂ©tĂ© agricole ou de pĂȘche familiale » et « une participation dans une sociĂ©tĂ© de personnes agricole ou de pĂȘche familiale », comme le dĂ©finit la Loi de lâimpĂŽt sur le revenu. Le roulement est un outil prĂ©cieux qui permet de diffĂ©rer lâimpĂŽt qui serait normalement Ă payer au moment du dĂ©cĂšs.
Si cette stratĂ©gie de roulement nâest pas utilisĂ©e, les rĂšgles dâimposition des gains en capital sâappliquent. Ces rĂšgles stipulent que lorsquâune personne dĂ©cĂšde, elle est rĂ©putĂ©e disposer de ses actifs Ă leur juste valeur marchande immĂ©diatement avant le dĂ©cĂšs (sauf en cas de roulement au conjoint, qui permet de diffĂ©rer lâimposition). Si ce montant est supĂ©rieur au coĂ»t de lâactif pour le contribuable, celui-ci rĂ©alise un gain en capital imposable.
Le problĂšme qui se pose souvent pour les fermes qui ont Ă©tĂ© lĂ©guĂ©es de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration est le report dâune importante obligation fiscale. La valeur des fermes a augmentĂ© de façon exponentielle et de nombreux agriculteurs ne se rendent pas compte de lâampleur du gain en capital quâelles reprĂ©sentent. Le prix de base de nombreuses fermes est trĂšs faible, Ă moins que les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes nâaient planifiĂ© lâaugmentation du prix de base, par exemple en utilisant lâexonĂ©ration Ă vie des gains en capital (ECGC) sur les « biens agricoles et de pĂȘche admissibles », dont le montant sâĂ©lĂšve Ă 1 275 000$ pour 2026. Sâil est vrai que les impĂŽts peuvent ĂȘtre reportĂ©s et que le prix de base dâun bien peut ĂȘtre augmentĂ© Ă lâaide de lâECGC au fil des gĂ©nĂ©rations, il peut arriver quâun bien ne remplisse plus les conditions requises pour bĂ©nĂ©ficier de ce traitement fiscal prĂ©fĂ©rentiel et que les impĂŽts doivent ĂȘtre acquittĂ©s. Voyons un exemple.
La ferme familiale de la famille Simon se transmet de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. M. Simon exploite sa ferme depuis quâelle lui a Ă©tĂ© lĂ©guĂ©e par son pĂšre, qui lâexploitait Ă©galement. LâĂ©pouse de M. Simon est dĂ©cĂ©dĂ©e avant lui. Son fils, Jean, nâa jamais manifestĂ© dâintĂ©rĂȘt pour lâagriculture et vendra la ferme au dĂ©cĂšs de M. Simon. Nous supposerons que les terres agricoles satisfont aux exigences du roulement entre gĂ©nĂ©rations et de lâECGC et que M. Simon a droit Ă la totalitĂ© de lâECGC de 1,275 million de dollars. Le prix de base de ses terres est de 50 000 $, mais la valeur de celles-ci est dĂ©sormais de 10 millions de dollars! M. Simon dĂ©cĂšde en mars 2026. Sans planification, en tenant compte dâun taux dâimposition de 50 % lâimpĂŽt Ă payer sâĂ©lĂšverait Ă 2 487 500$!
Ătant donnĂ© que M. Simon a exploitĂ© activement les terres et que Jean rĂ©side au Canada, il est possible de prĂ©voir lâutilisation du roulement entre gĂ©nĂ©rations et de lâECGC au moment du dĂ©cĂšs. En utilisant lâECGC, le prix de base des terres pour Jean passerait Ă 1,325 million de dollars (coĂ»t initial de 50 000 $ + 1,275 million de dollars), ce qui rĂ©duirait la facture fiscale future (en supposant que la valeur des terres nâaugmente pas) Ă 2 168 750 $. Il reste encore un montant important dâimpĂŽt Ă payer!*
Maintenant, que se passe-t-il si M. Simon a deux enfants et que lâun dâentre eux souhaite devenir agriculteur, mais pas lâautre? Comment M. Simon rĂ©partira-t-il la valeur de son patrimoine entre les deux enfants? A-t-il dâautres biens qui peuvent ĂȘtre lĂ©guĂ©s Ă lâenfant qui ne dĂ©sire pas devenir agriculteur? Les actifs productifs utilisĂ©s dans lâexploitation de la ferme devront-ils ĂȘtre vendus pour fournir des fonds Ă lâenfant qui ne dĂ©sire pas reprendre lâexploitation de la ferme? Ou certains de ces actifs seront-ils lĂ©guĂ©s Ă lâenfant qui nâexploitera pas la ferme et louĂ©s Ă lâenfant qui dĂ©sire prendre la relĂšve? Ce sont des questions que M. Simon doit examiner et dont il doit discuter avec ses enfants. Une option permettrait Ă M. Simon de disposer des liquiditĂ©s nĂ©cessaires pour Ă©quilibrer son patrimoine : souscrire une assurance vie afin que les activitĂ©s agricoles ne soient pas affectĂ©es.
Les agriculteurs, comme tous les chefs dâentreprise, doivent disposer dâun plan qui leur permet dâatteindre leurs objectifs de planification successorale et de retraite. Lâassurance peut jouer un rĂŽle important dans cette planification. Elle peut servir Ă financer une obligation fiscale reportĂ©e qui peut avoir augmentĂ© de maniĂšre importante sur plusieurs gĂ©nĂ©rations. On peut Ă©galement lâemployer pour rĂ©partir plus Ă©quitablement le patrimoine dâun agriculteur si la ferme est lĂ©guĂ©e Ă certains enfants et pas Ă dâautres.
Notes et références
*Lors dâune vente Ă©ventuelle, Jean pourra peut-ĂȘtre utiliser son ECGC puisque son pĂšre a exercĂ© une activitĂ© agricole sur la propriĂ©tĂ©, mais il est important que toutes les autres conditions requises pour demander lâECGC Ă ce moment-lĂ soient remplies.
